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Exploitations du milieu marin par les anciennes populations du makran

Mission archéologique française au Makran – MAE

Responsables : Jean Desse et Nathalie Desse-Berset

Introduction
Grâce aux travaux menés depuis plusieurs années sur la côte du Makran par la Mission archéologique française au Makran (dir. : R. Besenval puis V. Marcon), les témoignages d’anciennes exploitations intensives des ressources marines sont désormais connus.
Le programme intitulé « Exploitations du milieu marin par les anciennes populations du Makran » a totalement modifié l’image d’une côte vierge d’occupations humaines. En effet, lors de prospections archéologiques systématiques du littoral, entre Kalmat (à l’est de Pasni) et la région de Jiwani (près de la frontière iranienne), de nombreux vestiges des anciennes communautés de pêcheurs ont été découverts.

Près de Pasni, le site archéologique de Prahag, repéré par R. Besenval lors des premières prospections de la région, est entièrement dévolu au traitement des poissons. Ce gisement, bien daté par la céramique de la seconde moitié du 3ème millénaire av. J.-C., fut, dans cette zone, le premier témoignage de l’existence d’une communauté humaine aux activités entièrement dévolues à l’exploitation de produits marins. L’abondance de vestiges archéologiques constitués de restes osseux de poissons et de coquillages justifiait le recours à des spécialistes de ces faunes marines.

Les référentiels
Au cours de plusieurs missions, dans le cadre du programme « Référentiels d’ostéologie animale pour l’archéologie » soutenu par le MAE, Jean Desse et Nathalie Desse-Berset ont constitué une collection ostéologique des poissons actuels de la zone, outil indispensable pour l’étude paléo-économique des sites. La collecte et la préparation des espèces exploitées, de nos jours comme par le passé, furent réalisées au cours de plusieurs séjours dans différents centres de pêche le long de la côte du Makran (Pasni, Gwadar, Jiwani, Pishukan) et ont permis la constitution de corpus de données ostéométriques.
Des études consacrées à certains taxons très importants économiquement, tels les Ariidés (poissons-chats marins) ou les Sciaenidés, ont été effectuées.



L’enquête ethnoarchéologique
Parallèlement à la constitution de référentiels de poissons et de corpus de mesures, des enquêtes ethnographiques furent menées dans le but d’étudier le fonctionnement traditionnel des communautés de pêcheurs actuels, des méthodes de pêche côtière, des espèces capturées et des techniques de préparation des poissons en vue de leur conservation, notamment par salage-séchage. L’enregistrement de toutes ces données s’accompagne d’un vaste corpus d’images (photographies et films vidéo et numérique). Un film est en cours de réalisation.


Les prospections des gisements côtiers
Toute la côte a été prospectée d’est en ouest, et c’est entre Gwadar et Jiwani, près du village de Pishukan, qu’ont été observées les plus vastes aires d’accumulation d’ossements de poissons et de coquillages, d’origine indiscutablement anthropique.
Ces découvertes confortent les indices d’anciennes occupations de ce littoral, déjà relevés par la MAFM à Pasni et à Jiwani, sur une côte jusqu’alors considérée comme vierge de tout site archéologique.
Ces gisements de surface couvrent plusieurs hectares et signalent d’importantes zones d’exploitations spécialisées des faunes marines, que le matériel céramique permet d’attribuer à plusieurs séquences chronologiques bien distinctes, entre le 4ème millénaire et la période islamique.
Les premières campagnes de recherches à Pishukan ont confirmé la richesse et la densité de ces occupations et la découverte de sites présentant un matériel céramique encore inconnu .
Près de Pishukan, sur le site de Drang, des datations radio-carbones (obtenues sur des ossements de poissons, des otolithes et des coquillages provenant d’un sondage) les attribuent chronologiquement à la seconde moitié du 2ème millénaire av. J.-C.
Or cette période était jusqu’alors considérée comme une phase d’abandon, expliquée par une péjoration climatique. C’est donc la première attestation d’un peuplement datant de cette période pour tout le Kech-Makran et l’Est iranien.


Ces gisements de surface, souvent situés sur des dunes fossiles, suivent le tracé d’anciens cordons littoraux ; leur étude a été réalisée au cours de prospections par des relevés systématiques de leur position au GPS.
Il est ainsi possible de reconstituer les anciennes lignes de rivage, et de mieux expliquer l’existence et la disparition des comptoirs de la civilisation de l’Indus, Sutkagen Dor et Sotka Koh.





Un modèle original d’exploitation intensive du milieu marin
L’étude des ensembles identifiés permet de circonscrire avec précision les différentes aires d’activités (exploitation des coquillages, traitement des poissons…), de les dater, d’identifier les espèces pêchées et de fournir une évaluation des quantités capturées, de reconstituer la taille et le poids des poissons et de déduire les éventuelles techniques de pêche ; enfin de mettre en évidence les saisons de capture et la permanence (ou non) de l’occupation de ces sites.
Les gisements de cette vaste bande côtière, quelle que soit la période de leur fonctionnement, sont tous totalement dévolus à l’exploitation des ressources marines (poissons, coquillages, crabes,…). Toutes ces captures proviennent exclusivement de la zone littorale et peuvent avoir été pêchées ou collectées sans le secours d’embarcations. Les concentrations les plus denses de ces sites se trouvent dans la région de Pishukan. De nombreux ensembles de sites y ont été découverts, dont les surfaces sont très variables, allant d’une unique opération de préparation qui ne concernait que quelques centaines de poissons, jusqu’à des gisements de plusieurs hectares où les ossement des poissons et les débris des invertébrés couvrent le sol sur plusieurs épaisseurs. L’utilisation du GPS a rendu possible le positionnement de ces sites, ainsi que l’enregistrement de données topographiques concernant ces diverses zones, selon leur densité, leur composition faunique, leur matériel archéologique ou leurs modes de préparations.
Les calculs de reconstitution des tailles et des masses de produits marins permettent une approche paléoéconomique de cette région, où les volumes impressionnants de poissons et de coquillages préparés correspondent à une moyenne de 1000 tonnes par hectare.
La masse considérable que représentent ces animaux marins tout au long de ces sites littoraux est totalement incompatible avec une consommation locale par les seules populations de la côte. On pense alors forcément à la circulation de ces denrées alimentaires sous forme de poissons salés et séchés, de longue conservation, et à leur transport vers les oasis de l’intérieur, situées notamment le long de la vallée du Dasht. Cette hypothèse est confirmée par la découverte de nombreux produits d’origine marine dans les sites de Miri Qalat et de Shahi Tump.

Conclusion
Les recherches effectuées dans le Makran côtier ont révélé l’existence d’un modèle original d’exploitation de la mer, qui y a perduré durant plus de 5 millénaires, depuis la protohistoire, jusqu’aux fameux ichthyophages décrits par Néarque lors de l’expédition d’Alexandre le Grand (4ème siècle avant notre ère), voire jusqu’à la fin du XXème siècle. Ce modèle d’exploitation systématique du rivage et les modes de préparations qui avaient été mis au point pour obtenir des produits de longue conservation (séchage et probablement salage) a perduré, sans modification majeure, jusqu’aux récents bouleversements induits par la mise en place d’un réseau électrique et par la motorisation des bateaux de pêche. L’exploitation des données obtenues lors de ces missions de terrain se développe au moment-même où disparaissent à la fois le mode d’exploitation original de la côte du Makran et, du fait des grands travaux de génie civil engagés récemment, les sites archéologiques eux-mêmes, qui consistaient le plus souvent en gisements de surface.


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